Charles Vidor - 1955
Derrière un titre français peu engageant, « Les pièges de la passion » abritent un biopic musical efficace, qui exhume une vedette oubliée des années 30, Ruth Etting; la Warner ayant décelé, dans l'ascension fulgurante et les amours tourmentées de cette ancienne chanteuse populaire, une belle opportunité de mettre en valeur la voix suave mais aussi les talents dramatiques de sa nouvelle recrue, Doris Day. Le résultat fut à la hauteur des attentes du studio. Malgré une image lisse de « girl next door » qui lui colle à la peau (et qui inhibe un peu l'ambiguïté du personnage), sa performance est très satisfaisante et parvient même à se mesurer à celle de son excellent partenaire, James Cagney.

La trame en elle-même, qui voit une jeune ambitieuse gravir les échelons de la célébrité, n'est pas bien originale. L'univers de la comédie musicale est en effet peuplé de ces « chercheuses d'or » et de paillettes. Seulement, rarement le prix à payer est si violemment exposé... Car cette fois l'ingénue, qui refuse d'abord de vendre son corps, finit par se prendre dans l'engrenage. Elle s'enchaîne malgré-elle à son protecteur et s'enlise dans une relation masochiste et troublante, dont l'apothéose se situe au milieu du film, dans une scène de ménage terrible qui finit par un viol (censuré, mais plus que suggéré) et… un mariage.
La suite de l'intrigue sera, en revanche, plus attendue, suivant les rails des mélodrames les plus classiques: la malheureuse sombre dans la dépression et l'alcool tandis que sa carrière atteint des sommets, et son teigneux mari, ne supportant plus de vivre dans l'ombre de sa femme, redouble de violence…
Côté musical, si la première chanson de Doris Day n'intervient qu'à la 20ème minute du film, les suivantes ne se font pas attendre. La voix de la star étant son meilleur atout, c'est plus de dix autres titres (heureusement de bonne qualité dans l'ensemble) qui parsèmeront ensuite le récit. On pourra alors se laisser charmer par certains standards indémodables ("Ten cents a dance", "You made me love you", "Love me or leave me"), s'ennuyer un tantinet devant les deux compositions écrites pour le film ("Never look back" et "I'll never stop loving you", gros succès de l'époque pourtant) mais aussi regretter la mise en scène statique et la pauvreté des chorégraphies sur certains numéros (notamment "Shakin' the blues away", chanson à laquelle Ann Miller donnait tant de panache quelques années auparavant dans "Parade de Printemps").

Mariage improbable du coléreux James Cagney et de la pétillante Doris Day, « Les pièges de la passion » n'est pas loin de rivaliser à certains moments avec les plus grands drames musicaux du genre, « Une étoile est née » ou encore « New York, New York ». Malheureusement, la mise en scène conventionnelle de Charles Vidor et la seconde partie du film, essoufflée, noient quelque peu l'émotion. Reste un film satisfaisant, sans concession et sans affectation superflue, qui se regarde (et s'écoute) avec plaisir.
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